Objet : Premier trimestre, en cours d’interprétation, sur dix séances de deux heures, nous avons exploré des extraits de quatre pièces de Koltès, Sallinger, Quai Ouest, Dans la solitude des champs de coton et Le retour au désert.
Lieu : Conservatoire de Puteaux (92)
Aux lendemains de la présentation du 24 janvier, voici quelques propos d’élèves mis par écrit :
- Koltès c’est comme un très bon album music « rock » en l’occurrence, plus on écoute plus on apprécie; c’est caustique, décalé, atypique, nuancé, énergique, vivant, éprouvant.
- Koltès c'est l'être solitaire, la mort, la révolte, les mots, les mots répétés, révoltés, morts, solitaires !
- Koltès sait étirer le temps - Dans la solitude des champs de coton - comme le raccourcir - Retour au désert - avec le retour puis l'accouchement de Fatima). Les lieux ne sont pas communs, un quai sombre à New York - Quai Ouest - ou un cimetière avec une veuve peu éplorée - Sallinger -. Et pourtant on se retrouve si bien dans ses histoires, dans ces histoires presque quotidiennes: un deal, les querelles familiales, envie/répulsion de l'acte sexuel des ados ou désir de vengeance. Quels textes merveilleux, quelle richesse des mots. Un délice.L'écriture de Koltès, c'est le hot dog du 93 dans un écrin en or massif.
- Koltès part de personnages à caractères très prononcés; il peut les faire s'aimer, s'affronter, se détruire même, mais toujours passionnément. Il montre les excès, folies et même les vices de l'être humain, tout en les tournant en dérision, pour au bout du compte, se rendre compte de la fragilité humaine. Les textes et la tournure des phrases sont sublimes, montrant toute la richesse de la langue française.
- J’ai vu dans les personnages de Koltès un reflet de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus animal. Son écriture transpose avec beaucoup de poésie cette réalité. On y sent aussi un souffle de liberté, celui que pouvaient inspirer les Etats-Unis à l’époque de Koltès. Liberté de l’individu qui, entre ses pairs, tend à devenir violente. C’est facile à dire aujourd’hui, mais je trouve que le thème de l’altérité et du déracinement rappelle les problèmes liés à la mondialisation aujourd’hui et à la difficulté d’intégration des déracinés. Mais il y a aussi beaucoup de dérision, voire d’humour dans cette noirceur, notamment à travers les personnages, en commençant par leur nom : Maam Queuleu, Fak, l’attitude de la secrétaire avec son patron dans Quai Ouest, la querelle entre frère et sœur dans Le Retour au désert. Jouer Koltès c’est se retrouver face à des situations que l’on comprend bien, mais des personnages pas si faciles que ça à cerner et à interpréter. C’était un réel plaisir de se frotter à son univers et de mettre en voix son écriture si riche.
Photographies de Sophie Totchilkine et de François Chakovskhoy
