Titre :
L'ANNONCE FAITE À MARIE
Date :
JEUDI 01 JUILLET À 20 H 30 À 20 H 30
Artiste enseig.:
François CLAVIER
Objet :
PAR DES ÉLÈVES DU CONSERVATOIRE DU XIII ARRONDISSEMENT DE PARIS AU TERME D'UN PARTENARIAT ACCOMPAGNANT LA CRÉATION DU "PAIN DUR"
Lieu :
AU THÉÂTRE DE L'ATALANTE 10 PLACE CHARLES DULLIN 75018 PARIS (MÉTRO : ANVERS) TÉLÉPHONE : 01 46 06 11 90
L'ANNONCE FAITE À MARIE
de
Paul Claudel
Né le 6 Août 1868 à Villeneuve-sur-Fère dans l'Aisne, mort le 23 Février 1955 à Paris.
Dramaturge, poète, essayiste et diplomate français, membre de l'Académie française, il était le frère de la sculptrice Camille Claudel.
Auteur entre autres de
"Tête d'or",
"La ville",
"La jeune fille Violaine",
"L'échange",
"Partage de midi",
"L'annonce faite à Marie",
La Trilogie des Coûfontaine
("L'otage", "Le pain dur" et "Le père humilié")
et
"Le soulier de satin".
Ayant lancé le théâtre claudélien, dans la mesure où elle a été la première pièce de Claudel à être jouée en 1912, L'Annonce reste une de ses œuvres les plus populaires et emblématiques. L'histoire de son texte apparaît particulièrement longue et diversifiée. La pièce a été amorcée dès 1892 sous le titre "La jeune fille Violaine", drame inspiré par l'enfance orageuse et le pays natal de l'auteur. Une seconde version en est écrite en 1899, sur un registre plus mystique. Puis en 1911, Claudel remanie sa pièce pour lui donner une portée plus générale en l'intitulant L'Annonce faite à Marie, titre qui assimile l'héroïne, Violaine, devenant progressivement une sainte, à la Vierge Marie. Encore cette Annonce se verra-t-elle réécrite "pour la scène" en 1948, à l'occasion de sa mise en scène au Théâtre Hébertot à Paris. En suivant cette dernière édition, l'action de ce "mystère en 4 actes et un Prologue" qui se déroule dans "un Moyen Âge de convention" est fondée sur la rivalité de deux sœurs, Violaine et Mara. Au Prologue, Violaine, fille aînée d'un riche paysan champenois, Anne Vercors, salue au petit matin le départ de leur hôte, Pierre de Craon, atteint de la lèpre, en lui donnant un baiser que surprend Mara. À l'acte I, dans la matinée du même jour, Anne Vercors annonce à sa femme qu'il part pour Jérusalem, et il veut auparavant fiancer Violaine avec un voisin, Jacques Hury. Mais l'acte II révèle que Mara aime Jacques ; elle va semer le soupçon en lui, d'autant qu'il apprend que Violaine est devenue lépreuse ; après l'avoir accablée de reproches, il la conduit à une léproserie. L'acte III nous situe 7 ans après, pendant la veillée de Noël : Mara arrive, apportant à sa sœur désormais recluse et aveugle la petite fille qu'elle a eue de Jacques et qui est morte soudainement. La douleur sauvage de Mara arrache à Violaine un miracle : la petite revient à la vie. Mais ce miracle a redoublé la haine de Mara contre sa sœur et, au début de l'acte IV, elle veut la tuer en la précipitant dans une sablière. C'est alors que le Père revient, portant dans ses bras Violaine agonisante. Mara se justifie devant tous, et sa sœur pardonne, avant de mourir dans l'apaisement général. Ce simple aperçu suffit déjà peut-être à révéler les différents niveaux d'intérêt d'une telle pièce, dont Claudel dit : "C'est certainement un des sommets de mon œuvre […] qui a plusieurs versants, presque de tous les côtés de mes différentes possibilités". Pour s'en tenir aux extrêmes, L'Annonce est ancrée dans un réalisme précis et s'élève très haut dans le surnaturel. Ce drame puisé dans les racines de l'auteur présente d'abord un profond intérêt humain en montrant crûment les diverses facettes de la rivalité amoureuse de deux sœurs et les réactions des deux hommes qui les aiment ainsi que de leurs parents. Mais simultanément, le surnaturel transcende l'histoire. Déjà, au départ, la lèpre apparaît mystérieusement liée à des instants d'égarements sensuels qui deviendront une malédiction. Mais c'est surtout le miracle, accompli devant le public, qui donne une dimension résolument religieuse à ce "drame de la possession d'une âme par le surnaturel", selon la définition de Claudel. Non seulement il fait de Violaine une sainte qui ressuscite un enfant, mais Mara est également touchée par le surnaturel car, grâce à sa "foi enragée, elle croit que Dieu peut lui faire du bien", et le destin des deux sœurs se trouve inextricablement lié. Aussi l'auteur pouvait-il résumer la pièce qui l'a occupé pendant plus de 50 ans comme "la représentation de toutes les passions humaines rattachées au plan catholique". L'écriture de L'Annonce n'est pas moins remarquable. C'est un texte éminemment littéraire, où le théâtre rejoint la poésie, tant par la variété des images que par la constante musicalité du vers que Claudel voyait comme un "opéra de paroles". Mais cette haute tenue n'exclut pas, bien au contraire, une grande force scénique. Aboutissement d'une dramaturgie typiquement symboliste, L'Annonce a été créée par Lugné-Poe en 1912 au Théâtre de l'Œuvre, et a séduit ensuite, par son étonnante plasticité, les plus grands metteurs en scène du XXe siècle - entre autres Baty (1921) et Jouvet (1943), sans compter Copeau et Dullin qui n'ont pu réaliser leurs projets - , et Claudel lui-même s'est souvent engagé dans des mises en scène de sa chère pièce. Jouée dans le monde entier, tant par des professionnels que par des amateurs, L'Annonce n'en finit pas de lancer ses multiples appels au public ; elle a même été transposée en opéra (par Renzo Rossellini en 1970) et au cinéma (par Alain Cuny en 1991).
Bibliographie : Théâtre II, Paris, Gallimard, Pléiade, 1965. Collection Folio-Théâtre, Gallimard, 1993.
Texte prière? Texte rural? Texte amoureux, de cet amour qu'on a pour une fille, un dieu, un champ, une phrase? C'est peut-être cela que nous avons voulu retenir de Claudel, non pas tant son catholicisme, que cette joie de croire aux mots, de croire à une certaine beauté qui serait là avant nous, un grain de blé au soleil, et qui serait non pas reprise par les mots mais décuplée, comme la foi grandit le dieu qu'on s'est choisi. Triangle amoureux, trinité amoureuse, la lèpre de l'Annonce n'est qu'une joie du corps de plus, tout comme le viol, et si l'on s'aime on s'aime aussi pour « le beau domaine ». Mara l'Antigone des champs qui veut sa part, d'amour, de récolte, qui réclame l'aubaine qui lui est due; Violaine qui aime Dieu parce qu'elle aime le soleil sur sa peau, les plaisirs paiens d'un paysage qui n'est pas un décor mais un toucher; Jacques, pour qui si « c'est écrit, c'est bien », la suite du père et déjà un peu plus que le père; la mère, celle qui reste et qui voit les autres s'en aller, et qui part à son tour, la mère-socle que l'on voudrait faire vaciller; Pierre de Craon, le lépreux, le constructeur d'église et d'âme qui rend sainte Violaine en la touchant, comme si toucher c'était déjà tuer et faire ressusciter dans un même mouvement. Et le « domaine », ses saisons qui changent les êtres, les enrichit ou les sanctifie, la maison comme un gros giron. Et dieu, non pas par dessus tout ça, dieu parce que tout ça. Claudel renverse la foi: on ne croit pas à la beauté parce qu'on croit en dieu. On croit en dieu parce que c'est si beau.
Projet né de la collaboration
du conservatoire du 13ème
et
du Théâtre de l'Atalante,
nous souhaiterions remercier tout particulièrement
Alain Alexis BARSACQ et Agathe ALEXIS
pour ces mois de décembre et de janvier où,
tapis dans une salle, nous guettions les répétitions du pain dur,
la naissance de ces corps de turlure, les corps à corps qui s'inventent, devant nous, nous qui regardions, regardions, regardions et retenions.
C'est sur ces réserves là d'images qu'est née l'annonce.
Merci à eux!
Distribution
Mara : Marion MORVAN
Violaine : Milène TOURNIER
La Mère : Elsa EPIS
Jacques Hury : Iannis HAILLET
Pierre de Craon : Hedi ZADA
Les ouvriers : Hedi ZADA
Mise en scène :
Hedi ZADA en collaboration avec Milène TOURNIER